TANZANIE Hadzabe Safari camp Sud Serengeti

Les ethnies à travers le monde — Les Hadzabes de Tanzanie

Passer un court séjour en compagnie de chasseurs-cueilleurs Hadzas, lors d’un safari en Tanzanie, pourrait se comparer à prendre un recul de quelques milliers d’années, l’instant de quelques heures.

Vivant près du lac Eyasi dans le Nord Tanzanie, les Hadzas ont réussi à préserver leur mode de vie de chasseurs-cueilleurs depuis près de 30 000 – voir 50 000 ans. Jadis, leur langage à clics était apparenté aux langues khoïsan d’Afrique australe en raison de la similitude des sons émis lorsqu’ils parlent, mais il a depuis été reclassé comme un isolat — une langue qui ne peut pas être associée à aucune autre.

Génétiquement, ils ne sont pas étroitement liés à une autre tribu. Ceci, combiné avec leur emplacement dans la vallée du Grand Rift, ne fait qu’éveiller la curiosité et le mystère qui les entoure. Même leur histoire orale, contrairement à celle de la plupart des tribus africaines, ne signifie pas qu’ils ont migré d’ailleurs. Ce serait l’une des tribus les plus anciennes d’Afrique.

TANZANIE Safari_Hadzabe - Sud Serengeti

Voici comment se déroule une journée d’aventure en leur compagnie.

D’abord, vous rejoignez les rives du lac Eyasi où quelques centaines d’Hadzas y vivent encore comme leurs ancêtres ont fait pendant des siècles. Vous arrivez avec le lever du soleil et joignez quelques hommes pour partir à la chasse avec eux. Ayez le pas alerte, car l’on pourrait qualifier cette activité de marche sportive! Vous y apprendrez tous les rudiments des tâches journalières qu’ils doivent accomplir pour trouver leur nourriture.

Hadzabe- Sud SerengetiSi la chance est avec vous, vous serez témoin de la façon dont les Hadzabes communiquent avec les «indicateurs» ou «honeyguide» (guide du miel en anglais), ces oiseaux qui indiquent par un chant particulier au ratel l’emplacement des ruches sauvages (pour en récupérer le miel et la cire), en utilisant une série de sifflets et des appels — une parfaite symbiose qui s’est développée entre l’homme et un oiseau!

Munis d’arcs et de flèches, les chasseurs Hadzas tirent de petits oiseaux jusqu’à une distance de 30 mètres (et même plus) avec une précision mortelle! Et pas étonnant qu’ils soient si bons; les jeunes garçons obtiennent leurs premiers attirails dès l’âge de trois ans. Ils savent jouer de stratégie pour attraper leurs proies.

Hadzabe shaping arrows - Serengeti_800L’action commence : les trois jeunes chasseurs initialement partis ensemble se séparent jusqu’à se perdre de vue les uns des autres. Ils ne parlent pas, mais communiquent en utilisant une panoplie de sifflets qui leur permettent de se fondre discrètement dans leur environnement avec très peu de perturbations. Quelques heures plus tard, leur comportement change soudainement. L’un des chasseurs émet subitement un cri lointain et s’ensuivent des appels en écho à travers le paysage parsemé de baobabs. Les deux autres répondent bruyamment et joyeusement à l’appel, leur ton signalant que la chasse est terminée. Ils accourent dans la direction des cris pour y apercevoir le chasseur vainqueur tenant un dik-dik adulte avec une flèche parfaitement plantée dans l’épaule. Aucun sentiment de fierté ni de célébration n’est exprimé. Ils ont simplement fait ce qu’ils avaient prévu de faire, et maintenant, ils avaient suffisamment de viande pour retourner au camp.

Les petits oiseaux sont consommés dans la brousse par les chasseurs. Les plus grosses proies pouvant être transportées seront apportées et partagées au camp. S’ils tuent un gros animal tels un koudou ou une girafe, alors c’est tout le camp qui se déplace vers la source de nourriture, où ils se régalent durant des jours.

Les baobabs sont communs dans la région et constituent une partie très importante de l’existence des Hadzas. Son fruit représente environ 13 % de leur régime alimentaire, et les arbres cachent souvent de grandes ruches qui fournissent du miel pour les chasseurs-cueilleurs. Les plus grands spécimens fournissent également l’ombre et délimitent la cuisine et salle à manger tout à la fois.

La pérennité des Hadzas

Ces habitants sont restés inchangés depuis des milliers d’années, en dépit des difficultés et des défis incroyables qu’ils ont dû relever. La faune dont ils dépendent et la terre où ils chassent ont fait face à de nombreuses menaces. Les pasteurs étendant leur territoire où paissent leurs troupeaux sur les terrains de chasse ont conséquemment influencé le mouvement des animaux; et une partie des terres qu’ils ont traditionnellement parcourues a été transformée en réserve faisant ainsi office de domaine de chasse privé pour la famille royale d’Abu Dhabi. Suite à ces changements de zonage, les Hadzas ont donc été expulsés de leurs territoires de chasse, et contraints de semer des cultures. Et malgré cela, ils reviennent toujours à leur mode de vie de chasseurs-cueilleurs.

Donc, peu de choses ont changé dans leur mode de vie malgré un long contact avec les voisins plus puissants, mais pour encore combien de temps? La croissance de l’écotourisme et du tourisme culturel du XXIe siècle sera le grand défi des Hadzas.

TANZANIE Safari_Hadzabe fumme- Sud SerengetiC’est une réalité à laquelle ils doivent faire face et l’ironie de la chose c’est qu’elle est provoquée par ceux-là mêmes qui tiennent à préserver leur culture et veulent qu’elle reste intacte. Avec la présence du tourisme vient l’argent, des cadeaux et de l’alcool qui a pour conséquence de détruire à petit feu les cultures traditionnelles. Les Hadzas sont tout à fait conscients de ces dommages irréversibles, car ils observent comment certaines tribus voisines ont changé — le plus souvent pour le pire.

Mais peut-être qu’un tourisme vert saura préserver leurs traditions vivantes et florissantes. Et ça, c’est possible en grande partie grâce à la création de zones de conservation voisines, telles que le Ngorongoro, le Serengeti, le lac Manyara, Maswa et Mwiba, où les Hadzas peuvent continuer à subsister de la chasse. Ces destinations safaris, si populaires, créent donc un noyau de conservation à partir duquel les animaux peuvent migrer librement à l’intérieur et à l’extérieur de la région du lac Eyasi, assurant ainsi une population viable d’animaux suffisamment importante pour la survie et les traditions des Hadzas.

« Je crois fermement qu’avec une gestion prudente, des guides instruits et cultivés, que le tourisme peut contribuer à la survie de la culture Hadza. »

Source : Africa Geographic Magazine, Greg Lederle

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